Malgré tous leurs efforts et leurs précautions, la plupart des cœliaques ingèreraient des quantités mesurables de gluten dans la vie de tous les jours. Voici comment déchiffrer une récente étude sur le sujet.

C’est bien connu, quand on est atteint de la maladie cœliaque, le seul traitement efficace est l’alimentation sans gluten. Depuis quelques années, la communauté scientifique utilise des tests permettant de détecter la présence de gluten dans l’urine et les selles des patients. En utilisant cette technologie, des études récentes ont démontré que malgré l’adhérence à un régime sans gluten strict, un bon nombre d’individus cœliaques demeure exposé au gluten1, 2, 3. La consommation de repas au restaurant pourrait en être en partie responsable. En effet, selon une étude américaine, malgré une mention « sans gluten », jusqu’à 32 % des plats servis étaient contaminés4.

L’étude du Doggie Bag Study Group

Ces constats ont incité un groupe de chercheurs du Manitoba, en collaboration avec des chercheurs américains et espagnols, le Doggie Bag Study Group, à étudier à quel point les individus canadiens atteints de maladie coeliaque étaient exposés au gluten dans la vie de tous les jours5. Dix-huit participants suivant la diète sans gluten depuis presque deux ans ont été recrutés. Les participants devaient fournir des échantillons d’urine et de selles pendant dix jours, ainsi que des échantillons des aliments cuisinés ou préparés par l’industrie alimentaire consommés sur une période de sept jours. Tous ces échantillons ont été analysés avec différents tests, chacun ayant une sensibilité spécifique à détecter des fragments de gluten dans les aliments, l’urine ou les selles.

40 % des échantillons contaminés contenaient plus de 20 ppm, soit le seuil limite jugé sécuritaires pour les coeliaques.Les chercheurs ont trouvé du gluten dans l’alimentation de 9 des 18 participants ( 50 % des sujets ). La quantité de gluten détectée variait énormément, allant de 4 jusqu’à plus de 200 ppm. 40 % des échantillons contaminés contenaient plus de 20 ppm, soit le seuil limite jugé sécuritaire pour les cœliaques. Du gluten a été trouvé dans les urines de 8 participants ( 44 % ) et dans les selles de 5 participants ( 28% ). Au total, on a décelé une contamination au gluten, soit dans les aliments, les urines ou les selles, chez 12 des 18 participants.

Il n’y avait pas de lien entre la présence de gluten et la perception de l'adhérence au régime sans gluten. Autrement dit, un individu qui avait l’impression de suivre le régime à la lettre pouvait tout de même consommer des aliments contaminés au gluten de façon involontaire. Tous les participants de l’étude ont eu des biopsies duodénales deux ans après leur diagnostic. Tous présentaient une amélioration de la taille des villosités intestinales, ces petites structures de l’intestin qui contribuent à l’absorption des nutriments. Cependant, 8 des 12 participants contaminés au gluten avaient encore une atrophie villositaire, alors que 4 des 6 individus sans évidence d’exposition au gluten avaient des biopsies normales.

Du positif malgré tout

Ces résultats, publiés sous forme de communication brève dans Gastroenterology, suggèrent donc que dans la vie de tous les jours, malgré des efforts soutenus pour maintenir un régime sans gluten, une contamination demeure possible. Une diète complètement exempte de gluten peut s’avérer utopique et la majorité des individus atteints de maladie cœliaque consommeraient plutôt une diète « très faible » en gluten. Les auteurs mentionnent que le seuil de moins de 20 ppm de gluten est arbitraire et que, bien qu’il soit toléré par une majorité de patients, cette faible exposition peut tout de même empêcher ou retarder la guérison complète de la muqueuse intestinale. Il est important de mettre l’accent sur retarder et non empêcher, puisque les biopsies de tous les participants démontraient quand même une amélioration après deux ans de régime.

Une étude qui suscite des questionnements

Cette étude suscite des réflexions : le seuil de 20 ppm permis dans les aliments sans gluten devrait-il être révisé à la baisse ? Pas pour le moment. En examinant de plus près les seuils de sensibilité des tests d’urine et de selles, ainsi que la répartition des aliments qui contenaient plus de 20 ppm parmi les participants, presque tous les individus avec un test positif ont ingéré une quantité supérieure à 20 ppm. L’ensemble des ingrédients utilisés en cuisine ainsi que la fréquence des repas au restaurant n’ont pas été dévoilés dans les résultats.

Le but de l’étude n’était pas de remettre en question la règlementation actuelle ni d’évaluer le degré de contamination croisée dans les aliments, mais plutôt de démontrer qu’une proportion des individus croyant adhérer à la diète sans gluten demeurent exposés de façon involontaire. Et cela dans un contexte où les participants ont probablement fait des efforts supplémentaires, sachant qu’ils participaient à une étude.

En conclusion, l’étude du Doggie Bag Study Group contribue à révéler à quel point il est difficile pour les personnes cœliaques de consommer une diète totalement exempte de gluten. Les symptômes occasionnés par son ingestion sont très variables d’un individu à l’autre et les impacts à long terme d’une faible exposition demeurent inconnus et sont probablement différents d’une personne à l’autre. Les conclusions des chercheurs servent toutefois d’argument pour prouver qu’une diète sans gluten est un traitement imparfait pour la maladie coeliaque. La solution passerait plutôt par un suivi médical, l’implication de nutritionnistes spécialisées ainsi que la poursuite de recherches d’avenues thérapeutiques qui, espérons-le, pourront améliorer la qualité de vie des personnes cœliaques.

Par Amélie Therrien, Gastroentérologue

Références :
  1. Comino I, Fernandez-Banares F, Esteve M, et al. Fecal Gluten Peptides Reveal Limitations of Serological Tests and Food Questionnaires for Monitoring Gluten-Free Diet in Celiac Disease Patients. Am J Gastroenterol 2016;111:1456-65.
  2. Comino I, Segura V, Ortigosa L, et al. Prospective longitudinal study: use of faecal gluten immunogenic peptides to monitor children diagnosed with coeliac disease during transition to a gluten-free diet. Aliment Pharmacol Ther 2019;49:1484-92.
  3. Costa AF, Sugai E, Temprano MP, et al. Gluten immunogenic peptide excretion detects dietary transgressions in treated celiac disease patients. World J Gastroenterol 2019;25:1409-20.
  4. Lerner BA, Phan Vo LT, Yates S, et al. Detection of Gluten in Gluten-Free Labeled Restaurant Food: Analysis of Crowd-Sourced Data. Am J Gastroenterol 2019;114:792-7.
  5. Silvester JA, Comino I, Kelly CP, Sousa C, Duerksen DR, on behalf of the DOGGIE BAG Study Group, Most Patients With Celiac Disease on Gluten-free Diets Consume Measurable Amounts of Gluten, Gastroenterology (2020)
Article paru dans le magazine Coeliaque Québec - Printemps-Été 2020
 
 
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