Couple assis à une table
Dater en mode sans gluten, pas toujours simple!
*Note : le mot « dater » réfère aux premiers rendez-vous amoureux en début de relation de couple

Ha ! Les premières rencontres! Pleines de fébrilité et d’excitation, elles amènent leurs lots d’émotions et de questionnements! «Comment je devrais m’habiller ?», «Est-ce qu’il/elle va me trouver intéressant(e)?», «Qu’est-ce que je fais s’il y a un temps mort? ». Bien que naturelles et partagées par plusieurs, ces questions ont la fâcheuse tendance à faire grimper notre anxiété ! Mais qu’en est-il du «dating» lorsqu’on est cœliaque? Est-ce différent? Est-ce plus compliqué? La réponse est bien souvent oui. Mais vous verrez qu’il y a heureusement des solutions!

De multiples sources de stress

«Dater» lorsqu’on est cœliaque, c’est se poser exactement les mêmes questions, mais en ajoutant toutes celles qui concernent l’alimentation. Dans notre culture, les activités privilégiées pour apprendre à connaitre l’autre tournent généralement autour de la nourriture : aller prendre un verre, manger une pâtisserie au café du coin, aller au restaurant. Pour une personne cœliaque, il devient donc stressant de choisir le lieu du rendez-vous, de s’assurer qu’il y a des choix sans gluten, si les précautions y sont bien prises concernant la contamination, etc. Ces questionnements ont lieu d’être et ajoutent certainement à l’anxiété qui est souvent déjà bien présente lors d’une «date»!

Mais la complexité des premiers  rendez-vous lorsqu’on est cœliaque est-elle uniquement liée à la nourriture ? Souvent non. En fait, ce sont surtout des enjeux qui vont bien au-delà des questions «où et qu’est-ce qu’on mange» qui rendent le tout plus difficile. «Dater» lorsqu’on est cœliaque, c’est se questionner sur le moment et la façon d’informer notre partenaire de notre condition. C’est de ne pas savoir comment il/elle réagira. C’est gérer les invitations au restaurant et celles à manger chez l’autre. Ces situations, qui semblent pourtant banales pour la majorité des nouveaux couples, peuvent devenir un véritable casse-tête pour une personne cœliaque.

L’histoire de Geneviève

Prenons par exemple le cas de Geneviève**(nom fictif), cœliaque depuis 10 ans. Celle-ci fréquente Jean depuis quelque temps, et ce dernier l’a invitée à souper chez lui. Conscient de sa condition de cœliaque, il lui assure qu’il cuisinera le tout sans gluten: «Je te ferai du riz au lieu des pâtes, t’inquiètes!». Cette invitation, qui se veut bien intentionnée de sa part, s’apparente davantage à un cauchemar pour Geneviève. Bien que touchée, elle ne peut s’empêcher de s’inquiéter: Jean connait peu la maladie cœliaque. Et si par mégarde il mettait un ingrédient qui contient du gluten? Elle sait trop bien comment le gluten peut se cacher n’importe où, et pas seulement dans les pâtes ! Et pensera-t-il à la contamination? Geneviève ne sait pas quoi faire. Elle hésite. Est-ce qu’elle devrait lui rappeler de bien regarder les étiquettes de tous les ingrédients qu’il utilisera? Elle a peur qu’il la trouve contrôlante si elle lui en parle… Est-ce qu’elle devrait lui demander de vérifier elle-même les étiquettes? Sauf qu’il se sentirait peut-être blessé par son manque de confiance en lui, ce qui risque d’affecter leur relation… Est-ce qu’elle devrait manger sans vérifier en espérant que tout se passe bien? Mais s’il y avait des traces de gluten? Et si elle commençait à se sentir malade durant la soirée? Est-ce qu’elle devrait tout simplement amener son lunch? Probablement qu’il serait insulté…

Geneviève se sent de plus en plus stressée à mesure que la soirée approche. Toutes les options auxquelles elle pense la font sentir coupable et anxieuse. Elle veut que la soirée se passe bien avec Jean, mais en même temps, elle veut respecter sa santé. Peut-être qu’elle devrait tout simplement annuler ? Après tout, c’est beaucoup trop compliqué!

Des stratégies pour des tête-à-tête réussis

Comme pour plusieurs personnes cœliaques, Geneviève a le sentiment de devoir prioriser soit sa santé, soit la relation. Faire un choix devient donc très difficile : les pensées et les émotions tourbillonnent, et bien vite il peut devenir tentant de tout simplement annuler pour faire diminuer la pression. Comment faire pour démêler le tout et y voir plus clair ?

Truc n°1 : la défusion cognitive ( ou l’art de mettre une distance avec ses pensées )
Lorsqu’on a l’impression d’être dans un tourbillon de pensées et d’émotions, il est certainement plus difficile d’y voir clair et de bien réfléchir. Écrire ses pensées sur papier permet de clarifier ce qu’on a en tête et de cibler nos préoccupations. Bref, ça permet de faire un ménage dans notre esprit ! Une fois que c’est fait, on essaie de les voir comme elles sont : des pensées, et non des faits! On a souvent tendance à considérer nos pensées comme étant 100% vraies… mais est-ce toujours le cas ? Parfois oui, parfois non. Prendre une distance avec elles permet de jauger plus facilement leur réalisme ou leurs impacts probables. Dans le cas de Geneviève, elle a le sentiment que peu importe ce qu’elle dira à Jean, la relation sera gâchée. Peut-être que oui, peut-être que non. Il est certain qu’adhérer à 100 % à cette pensée fait immédiatement monter l’anxiété, et le tourbillon recommence. Et si on envisageait cette pensée différemment? Pourrait-il y avoir d’autres issues?

Pour mieux prendre du recul, voici deux conseils pratiques :
  1. Au lieu de se dire : «de toute façon, la relation sera gâchée…», se dire : « j’ai la pensée que la relation sera gâchée…»
  2. Observer: quel est l’impact de cette pensée sur mes comportements? Est-elle utile? Réaliste? Est-ce qu’elle m’amène vers des actions en lien avec mes valeurs?
Truc n°2 : Se rappeler que nous ne sommes pas télépathes !
Notre cerveau s’emballe et, rapidement, on se fait toutes sortes de scénarios. Par exemple, Geneviève s’imagine que si elle demande à Jean de vérifier les étiquettes, il la jugera contrôlante, que si elle vérifie elle-même, il sera blessé, etc. Un détail majeur est malheureusement souvent oublié dans ces scénarios : nous ne sommes pas télépathes, nous n’avons pas accès aux pensées ni aux émotions des autres! On peut donc imaginer la réaction que pourrait avoir l’autre, mais on ne peut pas la prédire avec certitude. La meilleure solution pour savoir ce que l’autre pense réellement? Lui en parler!

Truc n°3 : la communication, c’est la clé !
On ne le dira jamais assez : communiquer, c’est la clé! Les scénarios qu’on se construit et le tourbillon d’émotions et de pensées qui nous empêche de réfléchir nous amènent souvent à croire (à tort !) qu’il est impossible de discuter avec l’autre de ce qui nous habite, que ce serait catastrophique. Mais le serait-ce vraiment?

Prenons Geneviève. Que se passerait-il si elle allait voir Jean et lui partageait ses sentiments? Elle pourrait lui mentionner qu’elle est enthousiaste à l’idée de cette soirée, mais qu’elle se sent toutefois anxieuse à cause de la nourriture. Que même si elle est cœliaque depuis des années, elle vérifie toujours les nouveaux ingrédients, et se surprend à trouver du gluten là où elle ne s’y attendait pas. Ainsi, elle serait plus à l’aise de cuisiner avec lui. Ça lui permettrait d’atténuer son stress lié à la nourriture et ainsi profiter de la soirée à 100 %. Elle peut aussi lui mentionner qu’elle est nerveuse de discuter de cela avec lui, mais qu’elle tient à le faire, car leur relation est importante pour elle. Dans cet exemple de communication, Geneviève exprime clairement ses émotions et ses pensées, et suggère même une piste de solution.

Installer des bases solides

Une communication authentique constitue la base d’une relation satisfaisante. Le plus important, c’est de donner l’opportunité à l’autre de bien saisir sa réalité. Cela permet d’ouvrir le dialogue sur notre condition, sur ce qui nous inquiète, ce qui nous rassurerait.  La réaction de l’autre lui appartient, certes. Toutefois, en choisissant de communiquer ainsi, on priorise à la fois sa santé et la relation, ce qui est le but visé. Par ailleurs, cette approche empreinte d’authenticité devient aussi une belle occasion de voir si on partage les mêmes valeurs avec notre partenaire, et permet de construire la relation sur des bases solides.

Par Marilou Chamberland
Article tiré du magazine Info Coeliaque Vol 35 N° 1 Printemps 2018