Tranches de vieIl est plus de minuit, et je suis au restaurant avec des amis. Kevin, un membre du groupe, a suggéré de clore la veillée avec un déjeuner dans un restaurant qui en sert 24 heures sur 24. J’ai secrètement espéré que l’on opte pour un autre restaurant, mais le déjeuner nocturne l’a emporté.

Même si je me doutais que la chaîne de restauration où l’on allait n’offrirait rien sans gluten, je tenais à accompagner mes amis.

Une serveuse vient prendre les commandes; lorsqu’elle s’adresse à moi, je lui demande, par curiosité, s’il y a quelque chose dans le menu qui pourrait être sans gluten. Outre le poisson, elle ne peut rien garantir. L’idée de manger du saumon à cette heure tardive ne m’enchante pas particulièrement. Je ne commande rien, mais heureusement, je n’ai pas très faim.

La serveuse revient avec les assiettes de mes amis, et Kevin constate que je ne mange pas. Je lui explique qu’il n’y a rien sans gluten dans le menu, mais que ce n’est pas grave. Dans un élan de générosité, il rétorque : « Euh… ben… prends mes toasts! »

Sa réplique sème l’hilarité totale. Kevin, qui ne s’attendait pas à susciter une telle réaction, affiche un air perplexe. La plupart de mes amis connaissent la base du régime sans gluten et savent que le pain est « l’icône » de ce que nous devons éviter, mais apparemment, Kevin l’ignore. Je lui explique les grandes lignes de la maladie cœliaque, puis il réalise l’absurdité de son offre, malgré ses bonnes intentions.

Quelques années plus tard, Kevin et moi sommes fiancés et serons bientôt mariés. C’est un amoureux tout à fait attentionné et très prévoyant à l’égard de ma maladie. Il refuse même de m’embrasser après avoir ingéré des aliments avec gluten. Qui aurait dit que le refus de mon conjoint de m’embrasser ferait de moi une fille si heureuse! Sérieusement, le soutien qu’il m’apporte au quotidien m’aide à mieux vivre avec cette alimentation.
 
Bianka Lemelin